L'école des échecs de Chess & Strategy
L'Ecole des Echecs - Thème : Recherchez les petits avantages.

Le premier champion du monde Wilhelm Steinitz (1836-1900), autrichien, puis naturalisé américain, fut un des plus grands théoriciens de l’histoire des échecs,. Il fut le premier à contrer l’engouement général pour un jeu plein de panache. Cet érudit du Talmud démontra qu’une stratégie basée sur l’accumulation de petits avantages, tout en étant probablement plus délicate et éprouvante, menait plus sûrement à la victoire. A titre d'exemple, le déplacement de sa Dame sur la case f1 (20. Df1), préparant 5 coups plus tôt, le subtil et décisif échec par 25. Dh1+, est d'une profondeur stratégique remarquable.


Mais quels petits avantages ? Rien d’aussi spectaculaire que la prise d’une pièce délaissée ou un échecs et mat foudroyant. Steinitz fait référence à des avantages bien plus subtils, comme par exemple le contrôle d’une case stratégique ou l’avancement d’une manœuvre. Il peut s’agir de conserver un Cavalier, quand un cavalier est préférable à un Fou, et vice-versa. La stratégie de Steinitz détaille une série de facteurs qui paraissent imperceptibles ou insignifiants, même aux yeux de joueurs chevronnés. Mais l’accumulation de ces avantages provoque un effet de cascade, et le seul moyen pour l’adversaire de combattre l’érosion est de sacrifier ses pièces. Certes, après quelques concessions mineures, la situation n’aura pas changé du tout au tout ; en tout cas, le camp qui applique scrupuleusement la théorie du positionnement de Steinitz aura obtenu un avantage tangible.

Steinitz fut le premier à comprendre que les petits coups avaient leur importance. Pour atteindre son but, la réflexion doit se construire sur le long terme. Ceci est loin d’être valable uniquement aux échecs. J’en veux pour preuve le célèbre aphorisme de Lao-Tseu « Un voyage de mille lieues commence par le premier pas. » Ce n’est pas pour rien qu’il est cité à tout bout de champ. Dans ce monde, nous vouons à l’esprit d’entreprise la même admiration qu’au panache démontré sur un échiquier. Mais les têtes brûlées qui prennent d’assaut le monde des affaires avec la ferme intention de s’y établir de manière permanente n’y parviendront pas seulement par des actions ostentatoires. Une entreprise qui planifie ses objectifs avec prudence multiplie ses chances. Peter Lynch, qualifié par le Wall Street Journal de plus grand investisseur de tous les temps, publia une liste de conseils aux entrepreneurs en herbe. Il y fait la remarque que les coups fumants rapportent rarement à long terme. Dans la même veine, Michael Dell, PDG de Dell, a comparé les affaires au Base-ball. « Essayer simplement de taper la balle, pas de faire un coup gagnant, écrit-il, et convoitez le record de la constance, pas celui du meilleur coup. » Pour réussir, l’assiduité l’emporte sur la fulgurance, alors assurez vos arrières avant de bâtir des châteaux en Espagne. Aux échecs ou dans les affaires, il faut savoir penser grand et agir petit à petit

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